On a remplacé la communauté par l’État — et l’État est en train de se retirer

Five people gardening in raised beds in an urban community garden at sunset

Pendant des millénaires, les êtres humains ont vécu dans des communautés. Pas des communautés idéales, pas des utopies — des groupes concrets, imparfaits, souvent conflictuels, mais réels : le village, la paroisse, le clan, la guilde, le quartier. Ces structures assuraient l’essentiel : prendre soin des malades, nourrir les vieux, élever les enfants, gérer les conflits, maintenir les communs.

Puis, en l’espace de deux siècles, nous avons remplacé tout ça par l’État. Et maintenant, l’État se retire.

La grande substitution

Le processus a été long et progressif. La Révolution française a commencé à dissoudre les corps intermédiaires — guildes, confréries, communes autonomes — au nom de l’égalité des citoyens face à l’État. Le XIXe siècle industriel a vidé les campagnes et dissous les communautés rurales. Le XXe siècle providence a pris en charge ce que la famille et le village faisaient auparavant : l’éducation, la santé, la retraite, le chômage.

Ce n’était pas une mauvaise idée en soi. L’État providence a sorti des millions de personnes de la misère, a garanti des droits que la communauté traditionnelle refusait souvent aux plus faibles — aux femmes, aux étrangers, aux minorités. Il a produit une sécurité réelle.

Mais il a aussi produit une dépendance réelle. Et progressivement, il a rendu inutile — puis impossible — la reconstitution des liens communautaires qu’il avait remplacés.

Ce que nous avons perdu

Quand l’État prend en charge tout, la communauté n’a plus de raison d’être. Pourquoi s’organiser entre voisins pour prendre soin des anciens quand il y a des maisons de retraite ? Pourquoi développer des solidarités locales quand la Sécurité sociale existe ? Pourquoi maintenir des communs — forêts, pâtures, sources — quand l’État les gère ?

Le résultat est une atomisation sociale sans précédent dans l’histoire humaine. Nous vivons côte à côte sans nous connaître. Nous mourons parfois seuls dans nos appartements pendant des semaines. Nous ne savons plus qui sont nos voisins. Nous n’avons plus de filets de sécurité informels — seulement des institutions.

Et maintenant l’État se retire

Ce serait déjà une situation préoccupante si l’État restait solide. Mais ce n’est pas ce qui se passe. Partout en Europe et en Amérique du Nord, les États se retirent — non pas par choix idéologique affiché, mais par contrainte fiscale, par dette accumulée, par incapacité croissante à financer les services publics au niveau où les citoyens en ont besoin.

Les hôpitaux ferment des lits. Les écoles manquent d’enseignants. Les services psychiatriques sont saturés. Les retraites diminuent en valeur réelle. Les aides sociales sont conditionnées, réduites, complexifiées. L’État ne disparaît pas — mais il se contracte, lentement, inexorablement.

Et derrière lui, il ne laisse pas des communautés reconstituées. Il laisse du vide.

Le piège de la double dissolution

C’est là le cœur du problème : nous nous retrouvons dans une situation où ni l’État ni la communauté ne peuvent assurer les fonctions vitales de la société.

L’État providence a dissous les communautés. Maintenant l’État se contracte. Mais les communautés n’existent plus — ou n’existent plus que sous des formes vestigiales, trop fragiles pour reprendre ce que l’État abandonne.

C’est ce que certains chercheurs appellent la double dissolution. Et c’est l’un des mécanismes les plus sous-estimés de l’effondrement en cours — pas spectaculaire, pas soudain, mais profond et difficile à inverser.

Ce que cela implique

La reconstruction ne peut pas attendre que l’État se redresse — il ne se redressera probablement pas à temps. Elle doit se faire maintenant, par le bas, dans les interstices que l’État laisse libres en se retirant.

Des initiatives existent partout : jardins partagés, épiceries coopératives, habitat groupé, monnaies locales, réseaux d’entraide, tiers-lieux. Elles sont encore marginales. Mais elles sont la graine de quelque chose que l’effondrement rendra peut-être nécessaire à une échelle bien plus grande.

L’État ne reviendra pas comme avant. La communauté peut revenir — si nous choisissons de la reconstruire avant que le vide ne devienne ingérable.

https://leffondrement.org/on-a-remplace-la-communaute-par-letat-et-letat-se-retire

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